Une prise de terre peut sembler intacte, mais un simple contrôle au multimètre ne suffit pas. Une mesure résistance terre bien menée révèle les défauts invisibles. Elle contribue à la sécurité électrique, surtout sur une installation ancienne ou exposée à la foudre.
La méthode des 62 % et la pince tellurique ne répondent pas au même besoin. Le bon choix dépend du type d’électrode, de l’accès au terrain et de la présence, ou non, d’un circuit de terre fermé.
Points clés à retenir
- La méthode des 62 % convient à une électrode de terre isolée, à condition de disposer d’un terrain suffisamment vaste et de vérifier la stabilité des mesures autour de 52 %, 62 % et 72 %.
- La pince tellurique mesure une boucle de terre fermée sans déconnexion, mais elle ne permet pas de qualifier un piquet de terre isolé.
- Un multimètre sert à contrôler la continuité et la présence de tension, mais il ne remplace pas un telluromètre pour mesurer la résistance de terre.
- La valeur acceptable dépend du régime de liaison à la terre, du dispositif différentiel et des exigences locales. Les conditions du sol, les connexions et la qualité des conducteurs doivent aussi être prises en compte.
Identifier le circuit avant la mesure de terre
Avant toute mesure, repérez la borne principale de terre dans le tableau et consultez le schéma électrique. Identifiez le conducteur vert et jaune ainsi que son matériau, cuivre ou autre, puis vérifiez qu’il relie la prise de terre, les liaisons équipotentielles et les conducteurs de protection. Sur de nombreux bâtiments, une barrette amovible permet d’isoler l’électrode pour les essais.
Cette séparation est indispensable avec la méthode des 62 %, mais elle ne doit jamais laisser l’installation alimentée sans conducteur de protection. Nous mettons l’installation électrique hors service et isolons sa source d’alimentation. Après consignation, nous vérifions l’absence de tension avec un testeur électrique avant de déconnecter la barrette.
Un multimètre classique ne mesure pas la terre, mais le multimètre contrôle la continuité du conducteur de protection. Ce multimètre peut aussi relever une tension alternative entre phase et terre. Un multimètre ne remplace donc pas un appareil de mesure de terre. Un ohmmètre ordinaire utilise généralement un courant continu et inclut la résistance de ses cordons. Un ohmmètre de terre, par exemple dans une gamme fluke, est conçu pour cette mesure en courant alternatif.
Une résistance de terre acceptable dépend du dispositif différentiel
La résistance de la prise de terre, notée RA, doit permettre au disjoncteur différentiel de déclencher avant qu’une tension de contact dangereuse ne persiste. En régime TT, on vérifie la relation suivante : RA × IΔn <= UL.
Avec un différentiel de 500 mA et une tension limite de 50 V, RA doit rester inférieure ou égale à 100 ohms dans cet exemple. Cette valeur dépend du régime TT, du différentiel installé et des exigences locales. Cette limite apparaît aussi dans cette présentation de la mise à la terre domestique.
Une faible valeur est souvent recherchée pour les installations sensibles, les sites industriels ou les dispositifs de protection contre la foudre. Elle ne constitue pas un seuil universel applicable à tous les bâtiments. Il faut tenir compte du schéma de liaison à la terre, des protections installées et des exigences du projet.

La méthode des 62 % pour mesurer une électrode isolée
La méthode des 62 % repose sur une mesure par chute de potentiel. Elle donne une valeur proche de la résistance de terre réelle d’une électrode isolée, si le terrain est assez vaste et compatible avec l’essai.
L’ohmmètre de terre injecte un courant alternatif entre l’électrode à contrôler E et le piquet auxiliaire de courant H, puis mesure la tension entre E et la sonde de potentiel S. Les électrodes auxiliaires H et S servent respectivement à injecter le signal et à relever le potentiel. E, S et H constituent les sondes de mesure, et le rapport tension sur courant fournit la résistance affichée en ohms.
Préparer le terrain et les électrodes auxiliaires
Débranchez la barrette de mesure après consignation. Pour un simple piquet de terre, 30 m constituent souvent un bon point de départ, mais une électrode étendue exige davantage de recul.
Plantez le piquet de terre H dans un axe dégagé, à distance suffisante de l’électrode E. Placez ensuite la sonde S à 62 % de la distance entre E et H. Si E et H sont séparés de 40 m, S se situe à 24,8 m de E. La résistivité du sol, les canalisations enterrées, les câbles, les fondations armées et les zones très remaniées peuvent perturber l’essai. Avant de planter, consultez les plans disponibles et appliquez les normes de sécurité et les règles de détection des réseaux.
Un multimètre ne remplace pas le telluromètre pour cet essai.
La géométrie compte autant que l’appareil. Le guide de réalisation et de mesure des prises de terre rappelle d’ailleurs que des points de test trop proches influencent mutuellement leurs zones de dispersion.
Réaliser l’essai en cinq opérations
- Raccordez la borne E de l’appareil à la prise de terre isolée avec un câble de connexion, puis reliez les bornes S et H aux deux piquets auxiliaires.
- Vérifiez que les câbles ne sont ni emmêlés ni enroulés sur eux-mêmes. Éloignez-les des conducteurs sous tension et des sources de perturbations, notamment des courants vagabonds. Le multimètre reste réservé aux contrôles préalables de continuité, et l’installation reste consignée pendant l’essai.
- Lancez la mesure avec le telluromètre. L’appareil, proposé notamment par des fabricants comme Fluke, injecte un courant alternatif à une fréquence de test distincte du réseau afin de limiter les effets de polarisation et les parasites à 50 Hz.
- Déplacez la sonde S autour de sa position théorique, par exemple à 52 %, 62 % et 72 % de la distance E-H. Relevez chaque résultat.
- Reconnectez la barrette seulement après la fin des essais, puis remettez l’installation en service selon la procédure de consignation.
Si les trois valeurs restent proches, la position à 62 % est crédible. Si elles changent nettement, éloignez H et recommencez. Un sol hétérogène, une prise de terre voisine ou une distance insuffisante peuvent fausser la courbe de potentiel. Un multimètre ne valide pas la mesure à 62 %, même si sa lecture de continuité est correcte.
Une valeur stable à 62 % n’a de sens que si l’électrode testée est isolée et si les piquets auxiliaires sont hors de sa zone d’influence.
Cette technique s’adapte bien à un piquet de terre vertical, une plaque ou une boucle à fond de fouille accessible par une barrette. Elle devient moins fiable sur un maillage de terre étendu, un site industriel interconnecté ou un terrain trop contraint.
La pince tellurique pour les réseaux de terre en boucle
La pince tellurique se ferme autour d’un seul conducteur de terre, sans piquet auxiliaire ni déconnexion. Certains modèles fluke injectent un signal, mesurent le courant qui circule dans la boucle et affichent une résistance de boucle.
Son intérêt est évident lors d’une maintenance périodique. Vous pouvez contrôler rapidement plusieurs descentes de paratonnerre, des armoires réparties ou des conducteurs de terre d’un bâtiment en exploitation. La pince réduit aussi le risque lié à l’ouverture de la barrette.

La condition est stricte : le conducteur doit appartenir à une boucle fermée par d’autres chemins de terre. Un réseau avec plusieurs électrodes interconnectées peut convenir, notamment une boucle à fond de fouille. En revanche, une maison dotée d’un unique piquet de terre ne fournit pas de chemin de retour mesurable. La pince affichera une alarme, une valeur incohérente ou ne mesurera que des couplages parasites.
| Méthode | Situation adaptée | Limite principale |
|---|---|---|
| Méthode des 62 % | Électrode isolable et terrain disponible | Demande des piquets, des distances et une consignation |
| Pince tellurique | Réseau de terre maillé et fermé | Ne mesure pas un piquet isolé |
| Multimètre | Contrôle de continuité ou de tension | Ne mesure pas la résistance d’une électrode |
Le multimètre reste utile pour contrôler la continuité d’un conducteur ou repérer une tension présente. Un multimètre ne permet pas de qualifier une électrode, même si son affichage semble stable. Pour distinguer un contrôle de conducteur d’une mesure de boucle, le multimètre n’est donc pas l’outil adapté.
Nous conseillons la pince pour suivre une valeur de terre connue sur un réseau interconnecté. Gardez la méthode des 62 % comme contrôle de référence dès qu’il faut qualifier une électrode seule ou lever un doute sur l’installation.
Interpréter les écarts et corriger la prise de terre
La résistivité du sol, exprimée en ohm-mètres, conditionne directement le résultat. Une terre argileuse humide conduit mieux qu’un sol rocheux, sableux ou très sec. Le gel augmente aussi fortement la résistance, car l’eau contenue dans le sol devient peu conductrice.
Une campagne de mesure réalisée après de fortes pluies peut donc donner une image trop favorable. Comparez les valeurs à la même période chaque année. Tenez compte des conditions saisonnières, ou retenez une campagne en période sèche pour disposer d’une référence plus exigeante.
Lorsque la résistance est trop élevée, ne commencez pas par remplacer le telluromètre. Contrôlez d’abord le serrage de la barrette et l’oxydation des connexions. Avec un multimètre, vérifiez la continuité du conducteur, notamment sur sa partie en cuivre, et utilisez un multimètre pour rechercher une connexion défectueuse. Le multimètre facilite ce diagnostic, mais ne remplace pas l’appareil dédié à la mesure de terre. Selon le projet, vous pouvez allonger une boucle à fond de fouille, ajouter des piquets verticaux suffisamment espacés, installer un piquet de terre ou créer une électrode mieux adaptée au terrain.
Sur un système de protection contre la foudre, vérifiez aussi les descentes de paratonnerre, les liaisons équipotentielles et la continuité du réseau de terre. Une faible résistance ne compense jamais une connexion corrodée ou un conducteur sous-dimensionné.
Consigner les mesures pour suivre l’installation
Un rapport de contrôle de la terre doit relier chaque relevé à l’installation électrique concernée. Organisez les informations pour faciliter la comparaison lors du prochain contrôle :
- Emplacement : identifier l’électrode et la prise de terre contrôlée, puis préciser le matériau du conducteur, comme le cuivre.
- Méthode et appareil : indiquer la méthode, le modèle de l’appareil et toute marque visible, par exemple fluke, sans déduire la référence. Mentionner aussi le multimètre utilisé. Un éventuel contrôle préalable de continuité au multimètre doit rester distinct de la mesure au telluromètre.
- Date et conditions : noter la date, la météo, l’état du sol et la résistivité du sol.
- Distances et résultats : consigner les distances E-S-H et les valeurs relevées.
- Suivi : décrire les anomalies observées, puis joindre les photos et les actions correctives.
Dans nos suivis, nous rattachons ces relevés aux équipements de l’installation électrique, aux photos et aux actions correctives dans LPS Manager. Cette traçabilité facilite les inspections périodiques et le partage entre installateurs, maintenance et responsables QHSE.
Les démonstrations de terrain publiées sur la chaîne YouTube LPS CEMASO complètent utilement une procédure écrite, surtout pour visualiser l’implantation des piquets et le raccordement d’un telluromètre.
Foire aux questions
Quelle méthode choisir pour un piquet de terre isolé ?
La méthode des 62 % est la plus adaptée lorsqu’il est possible d’isoler l’électrode et de planter deux piquets auxiliaires à distance suffisante. Elle nécessite un telluromètre, une consignation de l’installation et un contrôle de la stabilité des résultats.
Quand utiliser une pince tellurique ?
La pince tellurique convient à un réseau de terre fermé comportant plusieurs chemins de retour, comme un maillage ou une boucle à fond de fouille. Elle ne fournit pas une mesure fiable sur une maison équipée d’un unique piquet isolé.
Un multimètre peut-il mesurer la résistance de terre ?
Non. Un multimètre peut vérifier la continuité du conducteur de protection ou relever une tension entre phase et terre, mais seul un appareil de mesure de terre est conçu pour qualifier une électrode.
Quelle résistance de terre faut-il obtenir ?
Il n’existe pas de seuil universel applicable à toutes les installations. En régime TT, la relation RA × IΔn <= UL doit être respectée, en tenant compte du dispositif différentiel et des exigences locales.
Que faire si les résultats à 62 % sont très différents ?
Éloignez le piquet auxiliaire H et recommencez l’essai en vérifiant l’absence de canalisations enterrées, de prises de terre voisines ou de perturbations. Des écarts importants peuvent aussi indiquer un terrain hétérogène ou une distance insuffisante entre les électrodes.
Choisir la mesure qui répond au risque réel
Pour un piquet de terre isolé, la méthode des 62 % reste la référence, et non le multimètre. La pince tellurique offre une mesure rapide et répétable, mais seulement sur une boucle de terre réelle.
Une mesure résistance terre fiable associe le bon appareil, une préparation rigoureuse et une lecture adaptée de la résistance de terre. La valeur de terre devient alors une donnée exploitable pour la sécurité, plutôt qu’un chiffre isolé dans un rapport.