Un site industriel, un ERP ou un data center, ce n’est pas juste un toit et des murs. C’est un ensemble d’actifs, de personnes, de process, et souvent des exigences d’assurance. Face à la foudre, on doit donc choisir un cadre de protection contre la foudre qui tient autant techniquement que documentalement.
Le vrai piège n’est pas de « mettre un paratonnerre ». Le piège, c’est d’installer quelque chose de correct, puis de se retrouver sans dossier solide pour attester de votre prévention des risques professionnels lors d’un audit, d’une inspection, ou après un incident. Ici, on compare NF C 17-102 et IEC 62305, puis on clarifie quoi documenter, et pourquoi.
Ce que NF C 17-102 et IEC 62305 cherchent vraiment à prouver

On peut résumer la différence comme deux manières de « raconter » la protection foudre. La NF C 17-102 parle surtout d’un système de protection externe basé sur des paratonnerres à dispositif d’amorçage (PDA, souvent appelés ESE). Elle donne une méthode de conception, d’installation, et de vérification, avec une logique centrée sur l’équipement.
De son côté, l’IEC 62305 (déclinée en France sous NF EN 62305) traite la protection foudre comme un système de protection contre la foudre. Elle part du risque, puis elle déroule la protection externe (LPS, incluant souvent des cages maillées), la protection interne (liaisons équipotentielles, blindage, cheminement), et les surtensions (SPD). Depuis l’édition 2024, certains concepts ont évolué, notamment autour de la façon de qualifier les entrées de risque et certains paramètres de l’analyse (selon les guides de synthèse disponibles).
Pour cadrer la comparaison entre ces normes internationales et nationales, on garde une règle simple : la première justifie une solution à base de dispositifs d’amorçage, la seconde justifie un niveau de protection global, en cohérence avec les conséquences attendues.
On s’appuie souvent sur des ressources de référence pour aligner les équipes études, maintenance, et QHSE, surtout en matière de conformité à la norme obligatoire. Par exemple, la synthèse LPS France sur la différence entre NF C 17-102 et IEC 62305 aide à poser les bases, surtout quand on doit expliquer le choix à un assureur ou à un donneur d’ordre.
Un bon cadre normatif, c’est un dossier qui « tient » même quand l’interlocuteur n’était pas là au moment du chantier.
Avant de trancher, regardons les écarts de logique, car ce sont eux qui dictent les preuves à produire.
Voici une lecture rapide, utile en phase d’avant-projet :
| Sujet | NF C 17-102 (PDA/ESE) | IEC 62305 (LPS basé sur le risque) |
|---|---|---|
| Point de départ | Équipement PDA et règles d’implantation | Analyse de risque, calcul du risque, niveaux de protection (LPL) |
| Périmètre | Protection externe centrée PDA | Externe + interne + surtensions |
| Preuve attendue | Conformité à la norme, contrôles, essais | Démarche de risque, cohérence « en couches » |
Le tableau ne dit pas « la meilleure norme ». Il dit ce que chaque cadre permet de défendre, pièces à l’appui.
Comment choisir le bon cadre selon le site, l’assureur, et l’international

On choisit rarement « par préférence ». On choisit parce qu’un contexte l’impose. D’abord, il y a la géographie et les référentiels clients. Ensuite, il y a la criticité métier. Enfin, il y a la capacité à démontrer la maîtrise du risque, pas seulement l’existence d’un matériel.
Dans un ERP, on gère des personnes, donc les exigences de sécurité et de continuité pèsent plus lourd. Sur un site industriel, les conséquences d’un arrêt ou d’un départ de feu changent la lecture. Dans un data center, une protection externe sans stratégie de protection contre les surtensions est comme une porte blindée avec une fenêtre ouverte.
En pratique, voici le cadre pour votre site dans trois scénarios courants :
- Projet à forte exposition internationale : on retient plus facilement l’IEC 62305 (ou NFPA 780), parce qu’elle se « lit » partout, et parce qu’elle structure le discours assurance.
- Site en France avec PDA déjà en place : on peut rester en NF C 17-102 pour la protection externe, à condition d’avoir un dossier de vérification propre, et d’adresser le reste (terre, équipotentialité, surtensions) avec un cadre compatible.
- Site critique (ERP, process sensible, data center) : on privilégie l’IEC 62305 pour piloter l’analyse de risque et la protection interne, quitte à intégrer une solution PDA si le cahier des charges l’autorise.
Sur les sites critiques, intégrer des détecteurs d’orages est une façon d’améliorer la protection globale.
Là, un point est souvent sous-estimé : l’IEC 62305 n’est pas qu’une norme « de calcul ». C’est une méthode de justification. La note de risque, les hypothèses, et les choix de niveaux de protection deviennent des pièces « assurance ».
Pour suivre les évolutions récentes, on peut aussi s’appuyer sur le guide LPS France sur les changements IEC 62305:2024 (NSG, TWS), utile quand on doit mettre à jour une analyse de risque ou expliquer une différence entre versions.
En parallèle, quand on a besoin d’un accès public à la NF C 17-102 pour relire une exigence (en attendant la version officielle AFNOR), certains utilisent le PDF diffusé par des sites techniques, par exemple le PDF de la NF C 17-102 (2011) en anglais. On garde toutefois une discipline : on cite la version exacte et on trace la source, car l’audit ne pardonne pas l’à-peu-près.
Quoi documenter pour audits, inspections et assureurs (et comment éviter le dossier « troué »)
On peut installer un système parfait et perdre l’argumentaire faute de documents. À l’inverse, un dossier clair peut éviter une discussion interminable, surtout quand la maintenance change d’équipe. L’objectif, c’est un fil continu entre conception, exécution, et vérifications.
On structure généralement la documentation en 4 blocs.
1) Justification du choix et du niveau de protection
Pour une approche IEC 62305, on conserve l’analyse de risque (hypothèses, données d’entrée, objectifs de réduction). On garde aussi la décision de niveau de protection, et les arbitrages (par exemple, pourquoi tel LPL). Pour NF C 17-102, on documente la logique d’implantation du PDA, la zone protégée, et les contraintes du site.
2) Dossier de conception et plans
On archive les plans d’implantation, les cheminements de descentes, les points de mise à la terre, et les liaisons équipotentielles. On inclut la coordination des parafoudres quand ils existent, avec la cohérence des parafoudres Type 1, Type 2, Type 3 selon l’architecture.
3) Preuves produits et conformité
On conserve les fiches techniques, PV d’essais, certificats conformes à UNE-EN IEC 62561, et références des composants. Pour les connexions durables telles que la soudure exothermique en mise à la terre, la norme UNE-EN IEC 62561 garantit la qualité et la compatibilité électromagnétique de la protection interne. Pour éclairer certains débats (ESE vs conventionnel), une ressource de fond comme l’article accessible via ResearchGate sur ESE vs systèmes conventionnels peut servir, au moins pour cadrer la discussion interne. On évite cependant d’en faire un substitut à la norme ou au cahier des charges.
4) Vérifications, maintenance, et traçabilité terrain
On met en place un registre simple : dates de contrôle, mesures de terre, continuité, état des liaisons, photos datées, non-conformités, et actions correctives. Un point aide beaucoup : relier chaque réserve à une localisation, un responsable, et une date de clôture.
Le jour où l’assureur demande « prouvez la maintenance », on ne cherche pas des mails, on sort un registre.
C’est ici qu’une plateforme comme LPS Manager prend tout son sens pour gérer le système de protection contre la foudre. On centralise les sites, on conserve les rapports, on suit les vérifications, et on évite les fichiers dispersés. Pour aligner les équipes, on s’appuie aussi sur les contenus LPS France, par exemple les normes de protection foudre en France et à l’international, pratique quand un groupe multi-sites jongle entre exigences pays, clients, et assureurs.
Conclusion : décider, c’est aussi préparer la preuve
Choisir entre NF C 17-102 et IEC 62305, ce n’est pas un duel d’écoles. On cherche le cadre qui colle au site, aux enjeux, et à la façon dont on devra démontrer la sécurité intégrale contre la foudre. Dans beaucoup de projets, on gagne en sérénité en combinant une protection externe bien définie avec une logique IEC 62305 pour le risque, l’interne, et les surtensions.
Au prochain audit, on veut un dossier qui se lit vite, avec des hypothèses claires et une maintenance tracée qui offre une protection préventive fiable. Si on devait retenir une règle simple, c’est celle-ci : un système de protection contre la foudre vaut autant par son installation de systèmes de protection que par les preuves qu’on sait produire, et retrouver, des années plus tard.