Un système de protection contre la foudre (LPS), c’est un peu comme une ceinture de sécurité sur un bâtiment : on espère ne jamais « tester » la protection, mais on doit vérifier qu’elle est prête. L’inspection annuelle paratonnerre (avec descentes et prises de terre) sert surtout à repérer ce qui se voit, ce qui s’est desserré, ce qui s’oxyde, ce qui a été modifié après des travaux. Ces vérifications sont vitales pour la sécurité des biens et des personnes.
On vise un contrôle simple, reproductible, et surtout traçable. La différence entre « on a regardé » et « on a contrôlé », ce sont souvent les photos, bien cadrées, datées, et rattachées à un point précis.
Dans cet article, on déroule une check-list terrain, point par point, avec un protocole photo qui tient la route en audit.
Avant d’arriver sur site : préparer l’inspection et le dossier photo
On gagne du temps si on prépare le contrôle comme une tournée de maintenance. D’abord, on rassemble la documentation technique : plan du LPS, analyse du risque foudre (ARF), précédent rapport d’inspection, réserves en attente, zones d’accès (toiture, locaux techniques), et historique des travaux. Si on manque d’infos, on s’appuie sur la base de connaissance et les ressources de LPS France pour remettre à plat le vocabulaire et les organes (captage, descentes, barrette de coupure, liaisons).
Ensuite, on clarifie le cadre attendu. Les exigences varient selon le site et le référentiel, comme la NF C 17-102 et l’IEC 62305, mais l’idée reste la même : produire des preuves pour assurer la conformité normative. Pour cadrer ce qu’un rapport doit contenir côté traçabilité, on peut s’inspirer du contenu d’un rapport de vérification (identification, observations, localisation, actions). Pour les repères normes et pratique foudre, on garde sous la main une page de synthèse sur les normes et réglementations foudre.
On ne « fait pas un contrôle » si on ne peut pas accéder en sécurité. On bloque le créneau, on prévoit EPI, autorisations, et moyens d’accès adaptés.
Côté matériel, on part léger mais complet : smartphone (ou appareil photo), chiffon, marqueur, lampe, miroir, mètre, et de quoi identifier les points (étiquettes, plan imprimé). Une application comme LPS Manager aide aussi à ranger les clichés par zone, par descente, et par point de contrôle, sans mélanger les sites.
Avant de commencer le contrôle visuel de l’ensemble de l’installation électrique, on se fixe un standard photo. Le tableau ci-dessous sert de minimum, même quand tout est « OK ».
| Élément contrôlé | Photo d’ensemble | Photo de détail | Indice à capturer |
|---|---|---|---|
| Paratonnerre, mât, captage | Vue toiture + repère bâtiment | Fixations, corrosion, connecteurs | Repère, orientation, proche environnement |
| Descente(s) | Façade complète, du haut vers le bas | Collier, jonction, sectionneur | Hauteur, proximité portes, chocs possibles |
| Prise de terre | Regard fermé puis ouvert | Barrette, connexions, oxydation | Accessibilité, humidité, étiquetage |
Le bon réflexe : 1 photo large + 1 photo serrée par point, même si rien n’anomal.
Inspection paratonnerre en toiture : contrôle point par point (et photos utiles)
En toiture, on commence par l’évidence : le dispositif de capture (pointe Franklin, tige, dispositif d’amorçage (PDA) selon le cas), son support, et ce qui l’entoure. Une inspection paratonnerre sérieuse se joue souvent sur des détails simples : un collier fendu, un conducteur pincé, une pièce en corrosion, un cheminement modifié après l’ajout d’une CVC.
On suit une logique « de haut en bas » :
- État général et stabilité : on vérifie l’aplomb du mât, l’absence de déformation, et les fixations. On cherche les traces de choc, d’arrachement, ou de bricolage après intervention d’un autre lot.
- Connectiques et jonctions : on regarde si les serrages semblent cohérents (sans forcer), si les pièces sont homogènes, et si les assemblages sont propres, assurant la continuité électrique. Une pièce blanchie, verdâtre, ou piquée mérite une photo de détail.
- Corrosion et compatibilité : on repère les couples de matériaux à risque (sans conclure trop vite). L’objectif est de documenter, puis de décider d’une action adaptée.
- Environnement immédiat : garde-corps, antennes, gaines, groupes froid, toutes ces masses métalliques changent avec le temps. On note ce qui a « poussé » autour du captage.
Pour les photos, on se discipline : une vue d’ensemble qui situe le paratonnerre sur la toiture (avec un repère visuel), puis des gros plans sur chaque fixation critique et chaque connecteur. Si on a un doute, on prend aussi un cliché « de contexte » montrant l’obstacle ou l’équipement voisin.
Si on ne peut pas expliquer une photo en une phrase (« où est-on, qu’est-ce qu’on regarde ? »), on la refait. Une photo utile raconte un endroit et un défaut.
Enfin, quand le site utilise un équipement testable, on prévoit le bon outil et la bonne procédure. Par exemple, un testeur de paratonnerre Test@ir® peut aider à vérifier la fonctionnalité selon l’installation et le matériel en place, mais une mesure de résistance complète est généralement requise au niveau du sol ; on reste dans son périmètre de compétence et on trace ce qu’on fait.
Descentes, liaisons équipotentielles et prises de terre : suivre le « chemin de foudre » jusqu’au sol
Descentes extérieures : colliers, jonctions, sectionneur
On descend ensuite le long de la façade, au sens propre. On suit chaque conducteur de descente sans sauter de tronçon. Les anomalies viennent souvent d’un point exposé : choc de véhicule, frottement, vibrations, ou travaux de façade.
On contrôle : l’alignement, les colliers (présence, espacement régulier, tenue), les jonctions (propreté, serrage apparent, absence de jeu), et le sectionneur ou point de contrôle (accessibilité, capot, état). On photographie la descente en vue large, puis chaque point singulier. Si une partie est masquée (bardage, végétation, gaine ajoutée), on le documente clairement.
Pour la logique de pose et de prise de terre, un rappel utile se trouve dans ces principes d’installation et de prise de terre, à lire comme un repère de bon sens, pas comme un rapport de conformité.
Liaisons équipotentielles visibles : connexions et masses proches
Quand une liaison équipotentielle est accessible, on l’examine comme une « couture » électrique. Une couture tient si elle est propre, serrée, et protégée. On traque les indices simples : oxydation, tresse abîmée, cosse tordue, pièce manquante, ou câble qui tire sur sa connexion.
Ici, les photos doivent montrer le contexte (quelle masse, où) puis la connexion (serrage, état). On ajoute un repère de taille si besoin (mètre, gant, outil) pour illustrer une fissure ou une section endommagée.
Prises de terre et regard : barrette de coupure, connexions, corrosion
Au sol, on passe du « visible » au « souvent négligé » de la mise à la terre. On photographie d’abord le regard fermé (preuve d’existence et de localisation), puis le regard ouvert. On vérifie l’accessibilité, l’état du couvercle, la présence d’eau, la propreté, et surtout la barrette de coupure et ses connexions.
Ce qu’on cherche : conducteur desserré, pièce corrodée, connexion noyée dans la boue, repérage absent, ou impossibilité d’accès. Même sans mesure, l’état mécanique parle déjà. Le contrôle de la barrette de coupure prépare à l’utilisation d’un telluromètre pour vérifier que la résistance de la prise de terre est inférieure à 10 Ohms, assurant un écoulement du courant correct dans le sol. Et si le regard est introuvable, cette absence est une non-conformité de fait côté maintenance, car on ne peut plus contrôler.
Pour éviter ce point noir, certains sites installent ou remplacent le regard par un modèle adapté, par exemple un regard de visite plastique quand c’est cohérent avec le terrain et la politique maintenance.
En complément, dans le cadre de la chaîne LPS, vérifiez la présence et l’état du parafoudre (SPD) dans le tableau électrique principal.
Conclusion
Un contrôle périodique LPS réussi, c’est un parcours complet, du captage jusqu’à la terre, avec des photos qui prouvent ce qu’on a vu. En gardant un standard simple (vue d’ensemble, puis détail), on construit un historique utile, surtout après travaux ou incidents météo. Si on met en place une routine, l’inspection paratonnerre devient un contrôle rapide, et les écarts ressortent tout de suite. Le rapport d’inspection final est la pierre angulaire d’une stratégie de sécurité. Au prochain passage, qu’est-ce qu’on veut retrouver en 30 secondes : une pile d’images floues, ou un dossier clair, point par point ? Ces étapes manuelles préfigurent la maintenance prédictive et la surveillance connectée pour les bâtiments modernes.